En bref
  • 2,387 €/L : prix moyen du gazole mercredi 8 avril, record absolu depuis 1985
  • +39 % : hausse du gazole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février
  • ~2 000 stations en rupture sur au moins un carburant début avril, soit près d'une sur cinq
  • TotalEnergies prolonge son plafond à 1,99 €/L essence et 2,09 €/L gazole jusqu'à fin avril
  • −5 à −10 centimes attendus à la pompe suite au cessez-le-feu États-Unis / Iran du 8 avril

Les prix de la semaine : le gazole bat des records

Le gazole n'avait jamais coûté aussi cher depuis que l'État suit les prix à la pompe, en 1985. Mercredi 8 avril, 2,387 €/L en moyenne nationale soit +39 % par rapport au 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines sur l'Iran. En un mois et demi, les dieselistes ont pris une claque de plus de 65 centimes par litre.

L'essence s'en tire un peu mieux, mais franchit elle aussi des seuils symboliques. Le SP95-E10 s'affiche à 2,022 €/L mercredi, soit +17,6 % sur la même période. Le SP98 dépasse les 2,10 €/L. Pour un plein de 50 litres en diesel, la facture a gonflé d'environ 32 € comparé à fin février.

Carburant Prix moyen 8 avril 2026 Hausse depuis le 27 fév.
Gazole 2,387 €/L +39 %
SP95-E10 2,022 €/L +17,6 %
SP98 ~2,10 €/L +~15 %

La cause est connue : le blocage du détroit d'Ormuz depuis le début du conflit prive l'Europe d'une partie de ses approvisionnements en diesel raffiné, dont le Moyen-Orient est devenu le premier fournisseur depuis les sanctions anti-russes post-Ukraine. Le gazole est structurellement plus exposé que l'essence, car la France l'importe massivement sous forme déjà raffinée.

Ruptures en station : la carte des enseignes à éviter

Début avril, c'est le scénario du week-end de Pâques qui a cristallisé les tensions. Le 6 avril, 2 070 stations étaient signalées en rupture sur au moins un produit, soit 19,8 % du réseau national. Une semaine plus tôt, fin mars, on en comptait une soixantaine. La multiplication par trente en un mois donne le tournis.

Toutes les enseignes ne sont pas logées à la même enseigne (c'est le cas de le dire). TotalEnergies concentre l'essentiel des tensions : jusqu'à 66,7 % de ses stations analysées se retrouvaient en rupture, conséquence directe de son prix plafonné qui a aspiré une clientèle massive vers ses pompes. Résultat : des files d'attente de 30 véhicules signalées dans certaines stations, et des cuves vidées plus vite que les camions-citernes ne peuvent les remplir.

À l'inverse, les réseaux de grande distribution s'en sortent mieux. Leclerc affichait 4,1 % de stations en rupture, Système U 5,1 %, Intermarché 5,3 %. Si vous cherchez du carburant disponible près de chez vous, notre comparateur vous indique en temps réel les stations approvisionnées et leurs prix.

Le gazole hors normes que le gouvernement a autorisé en silence

Voilà l'info de la semaine que personne n'a vraiment mise en avant. Le 26 mars, une décision ministérielle signée par Maud Bregeon a été publiée discrètement au Journal officiel : l'État autorisait à titre exceptionnel la vente d'un gazole non conforme aux spécifications habituelles.

Techniquement, le carburant concerné est ce qu'on appelle le "gazole d'été" celui normalement réservé à la période avril-septembre. Sa température limite de filtrabilité (TLF) est de 0 °C maximum, contre -15 °C pour le gazole d'hiver réglementaire. Concrètement : si vous avez fait le plein fin mars dans certaines stations, votre diesel risquait de cristalliser si la nuit tombait sous zéro. Des pannes de filtre à carburant sont possibles dans les zones froides ou en altitude.

Pourquoi cette décision ? Pour pouvoir produire et distribuer plus vite le carburant disponible en France, notamment depuis la raffinerie Rhône Énergies de Fos-sur-Mer, dont la production de gazole a pu être augmentée de 20 % grâce à cette dérogation. Le texte précise que les distributeurs assument l'entière responsabilité des incidents. Ce qui signifie, en clair : si vous tombez en panne, débrouillez-vous.

TotalEnergies prolonge son plafond, mais à quel prix ?

La grande manœuvre de la semaine côté pétroliers : TotalEnergies a annoncé le 7 avril la prolongation de son plafonnement des prix jusqu'à fin avril. L'essence reste bloquée à 1,99 €/L, quel que soit le carburant, dans l'ensemble de ses 3 300 stations du réseau métropolitain — avec un tarif encore meilleur à 1,99 €/L pour tous les carburants y compris autoroutes pour les clients abonnés à une offre gaz ou électricité TotalEnergies.

Soyons honnêtes sur le revers de la médaille : c'est précisément ce plafond qui a provoqué les ruptures massives dans les stations Total. Trop de clients attirés par des prix inférieurs au marché, des cuves vidées trop vite, des délais de réapprovisionnement impossibles à tenir. Le groupe a même décidé d'arrêter de distribuer son gazole premium Excellium pour concentrer les volumes sur le diesel classique.

À noter : depuis le 7 avril, le gazole plafonné n'est plus à 2,09 €/L mais aligné sur 1,99 €/L pour les abonnés un geste commercial réel, mais qui ne compense qu'une fraction de la hausse enregistrée depuis fin février.

Cessez-le-feu en Iran : la baisse est-elle vraiment pour cette semaine ?

Dans la nuit du 7 au 8 avril, les États-Unis et l'Iran ont conclu une trêve de deux semaines, conditionnée à la réouverture du détroit d'Ormuz. Les marchés ont réagi immédiatement : le baril de Brent a chuté d'environ 15 dollars, repassant sous la barre des 100 dollars, après avoir flirté avec les 110 dollars au pic de la crise.

Le président de l'Union française des industries pétrolières (UFIP) Olivier Gantois a été clair : une baisse de 5 à 10 centimes par litre est possible "très rapidement", sous réserve que le baril se stabilise autour de 93 à 95 dollars. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a mis la pression pour que la baisse soit visible à la pompe d'ici "la fin du week-end ou le début de la semaine prochaine".

Mais attention à ne pas crier victoire trop vite. Les spécialistes sont unanimes : la baisse à la pompe est toujours plus lente que la hausse. Il faut compter environ un mois entre l'achat du pétrole brut et son arrivée dans vos cuves — ce qui signifie que les stations écoulent encore du carburant acheté à prix fort. Et surtout, la trêve ne dure que deux semaines. Le détroit d'Ormuz reste fragile, les infrastructures pétrolières du Golfe sont endommagées, et les experts estiment que le baril ne reviendra probablement pas sous la barre des 80 dollars, son niveau d'avant-guerre.

La baisse viendra, mais elle sera partielle. Pour ne pas rater le meilleur moment pour faire votre plein dans les prochains jours, suivez nos statistiques sur l'évolution des prix en temps réel.