- Baisse annoncée de 5 à 10 centimes/L : l'UFIP confirme une répercussion "très rapide" après la chute du baril
- Baril passé de 115 $ à 95 $ : chute de 15 % en 24 heures après l'annonce du cessez-le-feu le 8 avril
- Gazole à 2,32 €/L, SP95 à 2,02 €/L : les prix de référence au 8 avril, avant les premières baisses
- E.Leclerc et Shell : baisses moyennes d'environ 10 centimes déjà appliquées dans la majorité de leurs stations
- 47 % des stations affichent déjà une baisse au 11 avril selon les données gouvernementales
Ce qui s'est passé au Moyen-Orient, et pourquoi ça change tout à la pompe
Le 28 février 2026, le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l'Iran a mis sous tension le détroit d'Ormuz, couloir par lequel transitent normalement plus de 20 millions de barils par jour, soit environ 20 % des approvisionnements pétroliers mondiaux. Résultat : le baril de Brent a grimpé jusqu'à 115 à 118 dollars début avril, son niveau le plus élevé depuis la crise de 2008.
Dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, Donald Trump a annoncé un cessez-le-feu avec l'Iran, assorti d'une réouverture progressive du détroit pour une durée de deux semaines. En moins de 24 heures, le baril de WTI s'est effondré de 15 %, repassant sous la barre des 100 dollars. À Rotterdam, principal marché européen des produits raffinés, le gazole a chuté de près de 300 dollars la tonne en 48 heures. Une correction que les professionnels du secteur qualifient d'historique.
Ce que disent l'UFIP, le gouvernement et les grandes enseignes
Dès le mercredi 8 avril, Olivier Gantois, président de l'Union française des industries pétrolières, l'UFIP, a fixé les attentes sur franceinfo : une baisse de 5 à 10 centimes par litre "dans les prochains jours", à condition que le cours du baril se stabilise autour de 93 à 95 dollars. La répercussion, a-t-il précisé, "sera très rapide".
Du côté du gouvernement, les ministres Roland Lescure (Économie), Maud Bregeon (Énergie) et Serge Papin (Commerce) ont obtenu des distributeurs l'engagement de répercuter la baisse sans délai. Le Premier ministre a demandé que les prix fléchissent d'ici à la "fin du week-end" ou au "début de la semaine prochaine".
Les grandes surfaces ont devancé le mouvement. E.Leclerc a annoncé une baisse moyenne d'environ 10 centimes dans près de 90 % de ses stations dès le 8 avril. Shell a emboîté le pas avec une réduction équivalente dans environ 80 % de ses points de vente. Les données du site gouvernemental prix-carburants.gouv.fr montrent qu'au 11 avril, 47 % des stations affichaient déjà une baisse, contre 37,5 % stables et 15,5 % encore en hausse.
| Réseau | Baisse appliquée | Couverture stations |
|---|---|---|
| E.Leclerc | ~10 centimes/L | ~90 % |
| Shell | ~10 centimes/L | ~80 % |
| Réseau indépendant | Variable | Progressif |
Pourquoi le diesel reste plus cher que l'essence, et pour combien de temps
La situation étonne encore beaucoup d'automobilistes : le gazole à 2,32 €/L contre 2,02 €/L pour le SP95, alors qu'historiquement le diesel était moins cher. Ce renversement n'est pas un hasard.
D'abord, la France consomme énormément de gazole, mais en produit insuffisamment dans ses propres raffineries. Une grande partie est donc importée, ce qui la rend très sensible aux ruptures d'approvisionnement maritime. Quand le détroit d'Ormuz se ferme, c'est le diesel qui prend de plein fouet la pénurie.
Ensuite, il y a un paradoxe fiscal. Le diesel est moins taxé que l'essence : l'accise s'établit à environ 0,61 €/L contre 0,69 €/L pour le sans-plomb. Mais cet écart de 7 centimes joue en réalité contre le gazole en période de tension : la part du coût brut représente une portion plus grande du prix final, ce qui amplifie les variations du baril. Quand le brut monte, le diesel monte plus vite. Quand il baisse, la logique s'inverse, et la baisse devrait donc être plus marquée côté gazole dans les prochains jours.
Enfin, le gazole ne sert pas qu'aux voitures. Transport routier, agriculture, chauffage : ces usages professionnels maintiennent une demande structurellement élevée, même en période de détente géopolitique. Selon l'UFIP, 69 % des carburants routiers consommés en France en 2024 étaient du gazole.
Les risques qui pourraient tout effacer
Soyons honnêtes : l'embellie reste fragile. Dès le jeudi 9 avril, le baril américain repassait au-dessus des 100 dollars, porté par les doutes sur la solidité du cessez-le-feu. Francis Pousse, président des stations-service chez Mobilians, l'a résumé clairement : sur le gazole, après une chute de 300 dollars la tonne, les marchés avaient déjà regagné 100 dollars en moins de 48 heures.
Le détroit d'Ormuz, bien que rouvert officiellement, ne tourne pas encore à plein régime. La reprise des rotations de tankers est progressive, et certaines installations pétrolières du Golfe ont subi des dommages qui prendront du temps à réparer. L'accord de cessez-le-feu court sur deux semaines seulement. Si les tensions reprennent avant l'expiration de ce délai, les marchés pourraient repartir à la hausse du jour au lendemain.
Il y a aussi le délai de répercussion. Les stations appliquent leurs prix sur la base de leur dernière livraison : celles qui ont fait le plein de leurs cuves au prix fort avant la chute du baril ne peuvent pas encore afficher des tarifs réduits. D'où un tableau contrasté sur le territoire cette semaine, avec des écarts parfois significatifs d'une station à l'autre.
Faut-il attendre avant de faire le plein ? Notre conseil cette semaine
Si votre jauge est encore au-dessus du quart, il vaut mieux patienter quelques jours. Les baisses sont en cours de déploiement et les stations les plus réactives, en général les grandes surfaces, ont déjà ajusté leurs prix. Celles qui approvisionnent leurs cuves quotidiennement affichaient les nouveaux tarifs dès le vendredi 10 avril ; les stations à rotation plus lente s'aligneront dans les prochains jours.
En revanche, si vous partez en vacances ce week-end, ne tentez pas de forcer le timing. Un plein à 2,22 €/L plutôt qu'à 2,32 €/L, c'est déjà 6 à 7 euros d'économie sur un plein de 60 litres. Et si le cessez-le-feu tient, une deuxième vague de baisse n'est pas exclue dans les deux semaines à venir.
Pour savoir quelle station près de chez vous a déjà appliqué la baisse, utilisez notre comparateur en temps réel : les prix sont mis à jour plusieurs fois par jour à partir des données officielles. Vous pouvez aussi consulter les statistiques nationales pour suivre l'évolution des moyennes jour après jour et anticiper le bon moment pour faire le plein.