En bref
  • +130 % : la hausse du prix du kérosène depuis les frappes sur l'Iran fin février 2026
  • +100 € AR : la surcharge carburant appliquée par Air France sur les vols long-courriers économiques depuis avril
  • 20 à 40 % : la hausse des billets d'avion cet été confirmée par l'IATA
  • 319 € : le montant de la seule taxe YR sur un Paris-Montréal aller-retour aujourd'hui
  • 6 semaines : les réserves européennes de kérosène selon l'alerte de l'AIE mi-avril

Pourquoi le kérosène a doublé en deux mois ?

Le kérosène, c'est le carburant des avions. Et depuis fin février 2026, son prix a pris un coup de massue. La cause : les frappes militaires sur les infrastructures pétrolières iraniennes le 28 février, qui ont provoqué la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, un goulet maritime par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial et 40 à 50 % des importations européennes de kérosène.

Résultat sur les marchés : le kérosène est passé de 750 dollars la tonne avant la crise à plus de 1 900 dollars mi-avril, selon les relevés des marchés spot. Une hausse de +130 % en quelques semaines. Pour comparaison, le baril de Brent a bien grimpé, mais bien moins vite — parce que le kérosène est un produit raffiné, plus rare et plus exposé aux disruptions logistiques que le brut lui-même.

Les États-Unis tentent de combler le vide en exportant six fois plus de kérosène vers l'Europe que d'habitude, soit environ 150 000 barils par jour. C'est loin d'être suffisant. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a lancé une alerte formelle mi-avril : l'Europe ne dispose plus que de six semaines de réserves. L'Italie a même commencé à rationner le carburant dans certains aéroports.

Pour en savoir plus : https://apnews.com/article/iran-war-europe-jet-fuel-flight-cancellations-birol-6e67fafd493861b3858de5548aa77703

Combien ça vous coûte vraiment à la caisse ?

Voilà le truc que les compagnies aériennes communiquent mal : la surcharge carburant — appelée taxe YR ne remplace pas le prix du billet. Elle s'y ajoute, en plus de toutes les autres taxes. Et elle a explosé depuis mars.

Air France a appliqué une première hausse de 50 à 100 € aller-retour le 11 mars sur les long-courriers en classe économique (plus d'infos ici). Moins d'un mois plus tard, rebelote : +50 € supplémentaires, portant la surcharge totale à +100 € AR vs les tarifs d'avant-crise. Sur certaines routes comme Paris-Montréal ou Paris-New York, la seule taxe YR atteint désormais 319 € aller-retour — avant même d'afficher le prix du billet.

Type de vol Surcharge avant crise Surcharge avril 2026 Hausse
Long-courrier éco (ex: Paris-NY) 219 € 319 € +100 €
Long-courrier business ~400 € 600 €+ +200 €
Court/moyen-courrier (Europe) variable +10 à 30 € AR +10 à 30 €
Transavia (low-cost groupe) +10 € AR en moyenne +10 €

Sur les vols intra-Europe, l'impact est plus modéré mais bien réel. Un Paris-Barcelone qui s'affichait à 98 € en janvier tourne désormais autour de 126 €, soit +29 % en quelques semaines. Et l'été n'a pas encore vraiment commencé.

À cela s'ajoute la Taxe de Solidarité sur les Billets d'Avion (TSBA), reconduite dans le budget 2026 : +7,40 € par billet sur les vols intra-Europe, jusqu'à +120 € en classe affaires sur le long-courrier. Le tout fait une addition qui pique.

Toutes les compagnies ne sont pas logées à la même enseigne

Soyons honnêtes : la flambée du kérosène impacte tout le monde, mais pas de la même façon. La clé, c'est le hedging — la couverture carburant. Les compagnies malins achètent une partie de leur kérosène à l'avance, à prix fixe, pour se protéger contre les pics. Et les écarts sont spectaculaires.

Air France-KLM avait couvert 87 % de sa consommation pour le premier semestre 2026 à prix fixe avant la crise, ce qui lui donne une marge de manœuvre. Ryanair est protégée à 84 % à environ 77 dollars le baril. Lufthansa, en revanche, n'avait couvert que 28 % de ses besoins pour 2026 : la compagnie allemande est donc bien plus exposée.

Concrètement pour vous : une compagnie bien hedgée répercute moins sur les billets à court terme. Mais attention, même celles qui sont bien couvertes ajoutent des surcharges. La couverture protège leurs marges, pas forcément votre portefeuille.

Côté annulations, Volotea a suspendu certaines liaisons régionales jugées non rentables avec le kérosène au prix actuel. SAS a annulé plus de 1 000 vols. En Europe, environ 600 appareils sont cloués au sol pour économiser le carburant. Si vous avez un vol sur une compagnie fragilisée cet été, le risque d'annulation de dernière minute est réel.

Les alternatives qui font du sens cet été

La bonne nouvelle dans tout ça ? Le train n'a jamais été aussi compétitif. La SNCF a ouvert les ventes été 2026 avec des premiers prix OUIGO à 10 euros et une hausse moyenne de seulement 1 % sur l'ensemble du réseau. Sur la plupart des destinations européennes, le TGV est déjà moins cher que l'avion.

Destination Train (dès) Avion été 2026 (dès) Économie
Paris → Marseille 19 € (3h15) 90 à 160 € jusqu'à 141 €
Paris → Barcelone 39 € (6h30) 120 à 220 € jusqu'à 181 €
Paris → Nice 25 € (5h40) 100 à 180 € jusqu'à 155 €
Paris → Milan 29 € (7h) 110 à 200 € jusqu'à 171 €

Les trains de nuit connaissent aussi un vrai retour en force. European Sleeper a lancé la ligne Paris-Berlin à partir de 29,99 € une nuit de transport, c'est aussi une nuit d'hôtel économisée. Pour la Corse depuis Marseille, Corsica Ferries assure jusqu'à 14 rotations par semaine en haute saison.

Brittany Ferries rapporte une hausse de +37 % de ses réservations pour juillet-août 2026. Les voyageurs ont compris le calcul.

Vos droits si votre vol est annulé ou surtaxé

Deux règles à connaître absolument avant de réserver ou de paniquer :

Première règle : un billet déjà acheté ne peut pas être retarifé à la hausse. Si vous avez réservé votre Paris-New York à 650 €, la compagnie ne peut pas vous réclamer 100 € de plus après coup. Ce qui est signé est signé. En revanche, les billets achetés après la mise en place d'une surcharge intègrent automatiquement la nouvelle grille.

Deuxième règle : en cas d'annulation, le règlement européen EU261 vous protège. La compagnie reste tenue de vous proposer un réacheminement ou un remboursement intégral sous 7 jours. Elle doit également couvrir vos frais de restauration et d'hébergement si vous êtes bloqué. En revanche, si elle invoque une pénurie de kérosène comme "circonstance extraordinaire", elle peut s'exonérer de l'indemnisation forfaitaire (250 à 600 € selon la distance). Ce point est contesté — gardez votre dossier.

Pour les voyages à forfait : si la hausse dépasse 8 % du coût total du séjour, vous pouvez annuler sans frais. En dessous, l'augmentation s'impose — lisez les conditions générales de votre opérateur.

La crise du kérosène rebat les cartes du voyage pour tout l'été 2026. Avant de cliquer sur "réserver", comparez les prix du carburant sur nos statistiques carburant elles vous donnent une photo en temps réel des prix à la pompe, utile aussi si vous envisagez de partir en voiture plutôt qu'en avion.