- Sur 2,05 € le litre, l'État empoche environ 1,06 € en taxes
- Accise (ex-TICPE, hors TVA) : 59,4 c€/L pour le gazole, 68,29 c€/L pour le SP95
- La TVA s'applique aussi sur l'accise : +12 centimes de « taxe sur la taxe » par litre
- Les CEE pèsent désormais 15 à 17 c€/L depuis janvier 2026 (contre 11 c€ auparavant)
- Quand le baril grimpe, les recettes de TVA de l'État augmentent mécaniquement
À chaque passage à la pompe, vous payez bien plus que du carburant : vous financez aussi un empilement de taxes que les pétroliers ne se gênent jamais pour répercuter. En mai 2026, avec un SP95-E10 autour de 2,04 €/L et un gazole qui flirte avec les 2,19 €/L, la moitié de votre plein part directement à l'État. Et certains mécanismes sont plus discrets que d'autres.
La répartition exacte d'un litre à 2,05 €
Prenons un litre de carburant à 2,05 €, soit une moyenne générale représentative en mai 2026, toutes essences confondues. Voici comment il se décompose, selon les données de l'UFIP Énergies & Mobilités et de la DGEC. À noter : les montants d'accise détaillés plus bas (59,4 c€/L pour le gazole, 68,29 c€/L pour le SP95) sont des montants hors TVA — la TVA à 20 % vient ensuite se greffer dessus.
| Composante | Montant | Part du prix final |
|---|---|---|
| Pétrole brut + raffinage | 0,76 € | 36 % |
| Transport, distribution, marge + CEE | 0,23 € | 12 % |
| Taxes (accise + TVA) | 1,06 € | 52 % |
| Total | 2,05 € | 100 % |
Le chiffre qui pique : pour un plein de 50 litres, ce sont 53 € de taxes qui partent directement dans les caisses publiques. Sur une année à 13 000 km, cela représente facilement 700 à 900 € de fiscalité selon le véhicule. Sans même rouler plus.
Note importante : la part des taxes varie selon le carburant. Sur le gazole, historiquement moins taxé que l'essence, elle tourne autour de 48 à 52 %. Sur le SP95-E10, elle grimpe à 54-57 %. La marge des distributeurs ? Environ 1 à 2 centimes nets par litre selon l'UFIP. Autant dire trois fois rien.
La « taxe sur la taxe » que personne n'évoque
Voilà le truc que peu d'automobilistes connaissent. L'accise sur les produits énergétiques (l'ex-TICPE) est un montant fixe par litre : 59,4 c€ pour le gazole et 68,29 c€ pour le SP95-E5, hors majorations régionales votées par les conseils régionaux (presque toutes ont appliqué le maximum en 2025).
Jusque-là, rien d'étrange. Sauf que la TVA à 20 % s'applique ensuite sur tout — y compris sur l'accise elle-même. Concrètement, vous payez une TVA sur une taxe. Sur un litre de SP95, cela représente environ 13 centimes de TVA appliqués à l'accise. Un véritable impôt sur l'impôt, dénoncé jusque dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, mais jamais supprimé.
Pour vous : sur un plein de 50 litres de SP95, vous payez environ 6,50 € de TVA calculée non pas sur le carburant, mais sur la taxe sur le carburant. Sur 13 000 km par an, cela peut représenter 80 à 100 € prélevés sur une assiette qui ne devrait pas exister.
Les CEE, ce surcoût invisible qui a explosé en 2026
Les Certificats d'Économies d'Énergie n'apparaissent sur aucun ticket. Pourtant, ils sont là, dans la part « distribution » de votre litre. Le mécanisme : l'État oblige les vendeurs d'énergie (TotalEnergies, Engie, distributeurs de grande surface) à financer des actions d'économies d'énergie chez les particuliers — isolation, pompes à chaleur, leasing social, bonus écologique.
Le hic : les pétroliers répercutent ce coût intégralement sur le prix à la pompe. Et au 1er janvier 2026, la sixième période du dispositif (P6) a fait passer cette charge de 11 centimes à 15-17 centimes par litre, selon l'UFIP.
Le calcul est sec :
- Hausse immédiate de 4 à 6 c€/L dès janvier 2026
- Pour un plein de 50 L : +2 à 3 € à chaque passage
- Sur 20 000 km/an : environ +120 € par an sur votre budget carburant
La Cour des comptes elle-même a recommandé une réforme structurelle, voire la suppression du dispositif, pointant son inefficacité, sa complexité et les fraudes massives qu'il génère. L'enveloppe globale des CEE est passée de 6 milliards d'euros en 2025 à plus de 8 milliards en 2026. Et c'est vous qui payez, ligne par ligne, à chaque plein.
Pourquoi l'État est gagnant quand le pétrole flambe
Voici le paradoxe que peu d'élus aiment expliquer. Quand le baril de Brent monte à cause d'une crise géopolitique — comme depuis le conflit au Moyen-Orient début 2026 — vous payez plus cher à la pompe, c'est mécanique. Mais l'État aussi encaisse plus, et c'est tout aussi mécanique.
L'accise étant un montant fixe, elle ne bouge pas avec les cours du pétrole. En revanche, la TVA à 20 % s'applique sur la totalité du prix HT, donc plus le baril grimpe, plus la base imposable enfle, plus les recettes de TVA explosent. Sans qu'aucune décision n'ait été prise.
Le ministre délégué aux Comptes publics l'a confirmé en avril : les rentrées fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix se sont élevées à 120 millions d'euros rien qu'en mars 2026 par rapport à mars 2025. Pendant que les automobilistes se serrent la ceinture, Bercy compte ses gains silencieux. Pour suivre l'évolution des prix en temps réel, consultez nos statistiques nationales.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Vous ne pouvez pas refuser de payer les taxes. En revanche, vous pouvez optimiser tout le reste, parce que sur cette fameuse part « hors taxes », l'écart entre stations atteint facilement 15 à 30 centimes par litre selon les zones.
Quelques leviers immédiats :
- Comparez avant chaque plein : entre une station de grande surface et une station autoroutière, l'écart dépasse souvent 25 c€/L, soit 12,50 € sur un plein de 50 litres
- Évitez les week-ends et les départs en vacances où les stations en zone touristique majorent leurs prix
- Basculez vers le E85 si votre véhicule est compatible : à 0,85 €/L en mai 2026, c'est le seul carburant épargné par la crise, car moins taxé et produit en France
- Faites le plein dans les zones rurales hors autoroute, où la concurrence locale tire les prix vers le bas
Pour trouver la station la moins chère autour de vous, utilisez notre comparateur de prix. Sur un budget annuel carburant de 1 800 €, optimiser ses pleins peut faire économiser entre 200 et 400 €/an. C'est toujours ça que l'État ne vous prendra pas deux fois.
Sources
- UFC-Que Choisir, « Prix du carburant : comment se fixe le prix à la pompe », 4 mai 2026
- UFIP Énergies & Mobilités, décomposition officielle des prix à la pompe
- DGEC / Ministère de l'Économie, relevés hebdomadaires mai 2026
- Cour des comptes, rapport 2024 sur les Certificats d'Économies d'Énergie
Cet article s’appuie sur des données publiques et des analyses indépendantes. Les chiffres sont indicatifs et peuvent varier légèrement selon les périodes et les carburants. Infographie : NanoBanana (Google)