En bref
  • 2,39 €/L : le gazole bat un nouveau record historique ce vendredi 18 septembre 2026
  • 700 stations affichent déjà un prix supérieur à 2,50 €/L, une soixantaine dépasse 2,70 €/L
  • 10 % des stations, surtout chez TotalEnergies, connaissent des difficultés d'approvisionnement
  • Emmanuel Macron mise sur la diplomatie avec l'Irak, l'Arabie saoudite et le Qatar
  • Les aides ciblées (pêcheurs, BTP, agriculteurs) sont prolongées jusqu'au 31 décembre 2026

Le gazole à 2,39 €/L, un record qui inquiète

Ce vendredi 18 septembre, le prix moyen du gazole a dépassé 2,39 €/L en France. Le chiffre vient de l'AFP, calculé à partir des tarifs affichés jeudi par plus de 9 000 stations-service recensées sur Prix-carburants.gouv.fr. Jamais le gazole n'avait atteint un tel niveau : le précédent record, établi en avril dernier, était de 2,38 €/L.

Les écarts entre stations sont marqués. Plus de 700 d'entre elles affichent déjà un prix supérieur à 2,50 €/L, et une soixantaine dépasse même les 2,70 €/L. Le sans-plomb 95-E10, le carburant le plus vendu en France, n'est pas épargné : il grimpe à 2,17 €/L, au-dessus de son précédent pic de juin 2022 (2,11 €/L, lié à la guerre en Ukraine).

Date Carburant Prix moyen
Juin 2022 SP95-E10 2,11 €/L
Avril 2026 Gazole 2,38 €/L
18 sept. 2026 Gazole 2,39 €/L

Concrètement, un plein de 50 litres coûte désormais près de 120 €. Pour un automobiliste qui parcourt 20 000 km par an avec une consommation moyenne de 6 L/100 km, la facture annuelle grimpe à environ 2 870 €, contre 2 535 € au tarif d'avril. Soit 335 € de plus en cinq mois, sans changer une seule habitude de conduite.

Pourquoi les prix s'envolent depuis les frappes en Iran

Cette flambée n'est pas un accident de marché isolé. Elle découle directement des frappes américano-israéliennes sur l'Iran du 28 février 2026, qui ont ravivé les tensions dans le détroit d'Ormuz. Ce couloir maritime, par lequel transitait avant la guerre près d'un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, reste sous surveillance étroite depuis.

Conséquence directe côté distribution : environ 10 % des stations-service françaises, majoritairement du réseau TotalEnergies, rencontrent aujourd'hui des difficultés sur au moins un carburant. Les réserves stratégiques françaises couvrent en théorie 90 jours de consommation, mais cette protection reste limitée si la crise s'installe dans la durée. Certains analystes n'excluent d'ailleurs pas que le gazole franchisse la barre des 2,50 €/L en cas de nouvelle escalade au Moyen-Orient.

Le pari diplomatique d'Emmanuel Macron

Face à la pression qui monte, Emmanuel Macron a d'abord demandé à ses ministres, mercredi 16 septembre lors du Conseil des ministres, une totale mobilisation sur l'approvisionnement et la maîtrise des prix, selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

Le président a ensuite détaillé sa stratégie dans un long message publié sur X : plutôt qu'une intervention sur la fiscalité, il mise sur la diplomatie. Il y évoque ses échanges récents avec le Premier ministre irakien, le prince héritier d'Arabie saoudite et l'émir du Qatar, avec un objectif affiché : rétablir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et protéger les infrastructures énergétiques des pays partenaires. Sa logique tient en une phrase : sécuriser les routes du pétrole pour réduire la dépendance, et donc la pression sur les prix à la pompe.

Une déclaration conjointe franco-irakienne, publiée par l'Élysée, prévoit par ailleurs des discussions entre TotalEnergies et Bagdad sur plusieurs projets énergétiques destinés à renforcer la production pétrolière irakienne.

Ce qu'il faut retenir du discours de crise d'Emmanuel Macron

À l'issue d'une réunion de crise à l'Élysée ce vendredi 18 septembre, le chef de l'État a pris la parole pour qualifier la situation énergétique de « grave ». S'il a exclu tout blocage global des prix ou baisse générale des taxes sur les carburants, Emmanuel Macron a annoncé la tenue prochaine d'un sommet exceptionnel du G7 dédié à la sécurité des approvisionnements mondiaux. Sur le plan intérieur, il a renvoyé la balle vers le gouvernement pour d'éventuels ajustements des dispositifs d'aide, en insistant sur la nécessité de cibler prioritairement les ménages les plus précaires face à ce choc de pouvoir d'achat.

Les aides prolongées jusqu'à fin décembre

Sur le front intérieur, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de prolonger jusqu'au 31 décembre 2026 les aides ciblées instaurées en mai, dont le coût initial avoisinait 1,2 milliard d'euros. Trois filières professionnelles sont concernées :

  • Pêcheurs : l'aide passe de 25 à 35 centimes par litre, le plafond autorisé par la Commission européenne pour ce secteur
  • BTP : soutien maintenu à 20 centimes par litre de gazole non routier, désormais élargi aux entreprises de moins de 50 salariés
  • Agriculteurs : aide prolongée de 15 centimes par litre, en complément du plan d'urgence sécheresse déjà en place

Certains pêcheurs jugent toutefois ce geste insuffisant, dénonçant de la poudre aux yeux face à l'ampleur de la hausse. Le financement de ces prolongations pèse en tout cas sur un budget 2027 déjà tendu, alors que Sébastien Lecornu propose par ailleurs 54 milliards d'euros d'économies.

Pour les automobilistes classiques, en revanche, il n'y a plus de guichet ouvert : l'indemnité carburant de 100 € réservée aux « grands rouleurs » modestes, qui a bénéficié à environ 1,5 million de personnes, s'est refermée le 31 août dernier. Reste, pour limiter la casse à chaque plein, à comparer les prix station par station grâce à notre comparateur en temps réel ou à suivre l'évolution nationale sur notre page statistiques carburant.

Crédit image : Image par andreas160578 de Pixabay