En bref
  • +28 février 2026 : début des frappes israélo-américaines sur l'Iran, déclencheur de la flambée
  • +50 c€/L sur le gazole : la hausse enregistrée depuis le début du conflit au Moyen-Orient
  • 33,6 c€/L : marge brute actuelle des distributeurs sur le gazole, contre 30 c€ en début d'année
  • ×4 : multiplication des marges brutes des raffineurs entre janvier et mi-avril 2026
  • 3 millions de Français : nombre de "grands rouleurs modestes" éligibles à l'aide gouvernementale de 20 c€/L

Ce que révèle le document de travail du gouvernement

Le gazole à 2,22 €/L en moyenne nationale ce 21 avril, le SP95-E10 qui frôle les 2 €/L : les prix à la pompe restent à des niveaux historiquement hauts depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Et visiblement, tout le monde en profite, sauf l'automobiliste.

Vendredi 24 avril, Franceinfo a consulté un document de travail interne au gouvernement, établi après que l'exécutif a demandé aux distributeurs de carburant de remettre l'évolution détaillée de leurs marges brutes depuis le 28 février 2026, date des premières frappes israélo-américaines sur l'Iran. Le verdict est sans appel : les marges brutes ont nettement progressé depuis le déclenchement du conflit.

En début d'année, la marge brute moyenne des distributeurs s'établissait autour de 30 centimes par litre. Fin avril, elle atteint 33,6 centimes sur le gazole et reste proche de 30 centimes sur l'essence. Une hausse qui a suffi à faire parler l'exécutif de "faits inadmissibles". Mais avant de pointer les stations-service, il faut regarder qui empoche vraiment la mise.

Raffineurs : les vrais gagnants de la crise

Voilà le truc que les communiqués gouvernementaux n'affichent pas en titre : les raffineurs ont multiplié leurs marges brutes par quatre depuis le début du conflit. Selon les données de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), ces marges s'élevaient à 32 €/tonne en février, avant la guerre. Mi-avril, elles atteignaient 123 €/tonne. Et au pic de la crise, semaine du 20 mars, elles ont frôlé les 193 €/tonne.

Comment expliquer un tel bond ? La mécanique est simple : avec la fermeture du détroit d'Ormuz et les attaques sur les infrastructures pétrolières du Moyen-Orient, l'Europe a dû s'approvisionner en gazole depuis l'Asie. Un gazole rare, donc plus cher. Et comme c'est le marché de Rotterdam qui fixe les prix de référence pour toute l'Europe, les raffineries françaises et européennes — TotalEnergies en tête ont vendu leur production au prix fort, même sans avoir changé une virgule à leur processus. Un effet d'aubaine massif, dénoncé par Manuel Bompard (LFI) et confirmé par les chiffres officiels.

Face à cette situation, le ministre de l'Économie Roland Lescure a écrit à la Commission européenne début avril pour lui demander d'enquêter sur ces marges et vérifier qu'il n'y a pas d'abus. Une démarche diplomatique, pendant que les automobilistes encaissent des pleins à 100 € et plus.

Distributeurs : accusés à tort ?

Soyons honnêtes : pointer les stations-service comme responsables de la flambée, c'est accuser le livreur d'avoir augmenté le prix du pain. Les distributeurs, Leclerc, Intermarché, Carrefour, Auchan, Coopérative U, sont des intermédiaires dont la marge nette, une fois les charges payées, se situe souvent entre 1 et 2 centimes par litre. Pas franchement le jackpot.

Quand le gouvernement a évoqué un projet de décret pour plafonner leurs marges au niveau de janvier-février (soit 28 centimes par litre maximum), les cinq grandes enseignes ont immédiatement adressé un courrier à Matignon pour dénoncer une mesure "injuste, inapplicable et illégale". Leur contre-proposition ? Suspendre temporairement les certificats d'économies d'énergie (CEE), ce mécanisme de financement de la rénovation énergétique qui pèse 12 à 14 centimes par litre dans le prix final. Selon Michel-Édouard Leclerc et Thierry Cotillard (Mousquetaires), cette suspension permettrait de faire baisser les prix de 15 à 20 centimes quasi immédiatement.

Le gouvernement s'y est opposé, au motif que les CEE financent des dispositifs concrets pour les ménages comme le leasing social. Résultat : l'encadrement des marges des distributeurs "n'est pas tranché" à ce stade, selon Matignon.

Acteur Marge brute avant conflit Marge brute fin avril 2026 Évolution
Raffineurs 32 €/tonne 123 €/tonne ×4
Distributeurs (gazole) 30 c€/L 33,6 c€/L +12 %
Distributeurs (essence) ~30 c€/L ~30 c€/L Stable

Ce que l'État fait (et ne fait pas) pour vous

Le 21 avril, Sébastien Lecornu a annoncé depuis le perron de Matignon une aide ciblée pour les "grands rouleurs modestes" : l'équivalent de 20 centimes par litre, versé sous forme d'un forfait unique de 50 € pour 3 millions de Français. Conditions : travailler, utiliser sa voiture pour aller bosser, et disposer d'un revenu inférieur à la médiane du revenu imposable. Les chômeurs, retraités et étudiants sont exclus du dispositif, ce qui a suscité des critiques de l'association Familles rurales.

Côté recettes, l'État ne s'en sort pas si mal non plus : la TVA à 20 %, calculée sur un prix global plus élevé, a rapporté 120 millions d'euros supplémentaires en mars 2026 par rapport à mars 2025. Ce que le ministre délégué aux Comptes publics, David Amiel, a reconnu publiquement, tout en précisant que le "coût de la crise se compte en milliards" pour les finances de l'État. Nuance.

En attendant que les marchés se calment et que les prix reflètent vraiment la baisse du Brent — passé de 112 dollars le baril au pic du 20 mars à 94 dollars début avril, les automobilistes français font les frais d'une mécanique de prix à sens unique : ça monte vite, ça descend lentement. Pour comparer les prix près de chez vous en temps réel et éviter de payer trop cher, utilisez notre comparateur de stations ou consultez les statistiques nationales des prix du carburant.

Source : https://www.midilibre.fr/2026/04/25/prix-des-carburants-les-marges-brutes-des-distributeurs-ont-explose-depuis-la-guerre-en-iran-lexecutif-denonce-des-faits-inadmissibles-13343100.php