En bref
  • 2,003 €/L : le gazole a repassé la barre des 2 €/L le 15 juillet
  • +4 % en 7 jours : le diesel augmente bien plus vite que le SP95-E10, à +1,6 %
  • 234 000 barils/jour : les exportations russes de gazole ont chuté de plus de 70 % par rapport à leur moyenne de 2025
  • 87,08 $/baril : le Brent a atteint un plus haut d'un mois le 14 juillet avec le retour des tensions entre Washington et Téhéran
  • 4,40 € par plein : c'est le surcoût d'un plein de 50 L de gazole entre le 7 et le 15 juillet

Combien les prix ont-ils augmenté ?

Le retour au-dessus des 2 €/L n'est pas une impression laissée par le grand panneau de votre station. Le 15 juillet à 11 heures, le gazole valait en moyenne 2,003 €/L dans 9 535 stations de France métropolitaine, hors Corse. Il gagnait plus de 4 % en 7 jours. Le SP95-E10 atteignait 1,944 €/L, en hausse de 1,6 % en 7 jours, et le SP98 s'affichait à 2,023 €/L.

La comparaison quotidienne rend le mouvement encore plus concret. Entre le 7 et le 15 juillet, le prix moyen du gazole est passé de 1,909 €/L à 1,997 €/L selon la même série de données. Soit 8,8 centimes/L supplémentaires en huit jours. Sur un plein de 50 L, la facture grimpe de 4,40 €. Pour le SP95-E10, la hausse est de 3,5 centimes/L, soit 1,75 € sur le même plein.

Voilà le premier indice : le diesel monte deux à trois fois plus vite que l'essence. Si le pétrole brut était seul responsable, les courbes seraient plus proches. Le vrai point chaud se situe donc aussi après le puits de pétrole, au niveau du raffinage et du marché mondial du gazole.

Pourquoi le gazole flambe plus vite ?

Le déclic est venu de Russie. Le pays a suspendu ses exportations de gazole jusqu'au 31 juillet 2026 afin de ravitailler son propre marché, fragilisé par les frappes ukrainiennes contre ses raffineries. Début juillet, ses chargements de diesel et de gazole étaient tombés à 234 000 barils/jour, contre une moyenne d'environ 817 000 barils/jour en 2025. Le marché a donc perdu plus de 70 % de ce flux en quelques mois.

La France n'achète plus directement de carburant russe, mais elle n'est pas isolée du marché mondial. Quand la Russie retire des volumes, ses clients cherchent des cargaisons ailleurs. Ils entrent alors en concurrence avec l'Europe pour le gazole américain, moyen-oriental ou asiatique. Le produit disponible devient plus cher pour tout le monde, même sans livraison russe dans un port français.

La réaction des marchés a été brutale : la prime du gazole européen à faible teneur en soufre par rapport au Brent a atteint 60,77 $/baril. Autrement dit, ce n'est pas seulement le pétrole qui coûte plus cher, c'est surtout sa transformation en diesel disponible au bon endroit. Voilà pourquoi le gazole français a pris plus de 4 % en une semaine pendant que le SP95-E10 progressait de 1,6 %.

Le pétrole brut n'explique pas tout

Le brut pousse tout de même dans le même sens. Le 14 juillet, le Brent a bondi de 4,55 % en une séance pour toucher 87,08 $/baril, son niveau le plus élevé depuis un mois. Washington et Téhéran avaient repris leurs attaques, tandis que les inquiétudes revenaient autour du détroit d'Ormuz. En temps normal, environ 20 % des flux pétroliers mondiaux passent par ce couloir. La moindre menace sur le trafic ajoute aussitôt une prime de risque au baril.

Mais la raffinerie compte autant que le puits. Début juillet, les marges sur les produits raffinés ont atteint un plus haut de 4 ans. Plusieurs raffineries exportatrices du Moyen-Orient n'avaient pas encore redémarré, la production russe restait amputée par les attaques et des unités asiatiques tournaient au ralenti. Malgré la reprise partielle de l'offre de brut en juin, l'activité mondiale des raffineries restait inférieure de 6 millions de barils/jour à celle d'un an plus tôt.

Le taux de change joue peu dans la hausse de ces derniers jours. L'euro valait 1,1433 $ le 7 juillet et 1,1406 $ le 15 juillet : un recul d'à peine 0,24 %. Ce léger affaiblissement renchérit le pétrole acheté en dollars, mais il ne peut pas expliquer un gazole en hausse de plus de 4 %.

Les taxes n'ont pas davantage déclenché le mouvement. L'accise, ex-TICPE, est fixée par litre. Elle ne grimpe pas avec le baril. La TVA de 20 %, elle, s'applique au prix hors taxes : une hausse de 1 centime/L avant TVA devient donc environ 1,2 centime/L à la pompe. Elle amplifie le choc, sans en être la cause.

Comment limiter le surcoût en juillet ?

À court terme, le gazole restera le carburant le plus exposé tant que l'interdiction russe et les tensions sur les raffineries durent. Une détente au Moyen-Orient pourrait faire reculer le Brent, mais la baisse ne serait pas forcément visible le lendemain : les stations écoulent leurs stocks et répercutent des prix d'achat déjà négociés. Avec un marché aussi nerveux, promettre une date de baisse serait franchement hasardeux.

Votre meilleur levier reste l'écart entre stations. Une différence de 8 centimes/L représente 4 € sur un plein de 50 L. Comparez avant de partir, surtout près des autoroutes et des zones touristiques. Attention toutefois au faux bon plan : un détour de 10 km avec une voiture consommant 6 L/100 km coûte environ 1,20 € avec un carburant à 2 €/L. Rouler jusque dans la commune voisine pour économiser seulement 2 centimes/L, soit 1 € sur le plein, vous ferait perdre de l'argent.

Le GPL et le superéthanol E85 ont beaucoup moins bougé sur la période. Le 15 juillet, ils s'affichaient autour de 1,051 €/L et 0,841 €/L. Le E85 n'est toutefois intéressant que pour un véhicule compatible, avec une consommation généralement plus élevée. Ne versez jamais un carburant non prévu par le constructeur pour gagner quelques euros : le passage au garage effacerait très vite l'économie.

Avant votre prochain plein, consultez les prix réellement affichés autour de vous avec le comparateur de stations et vérifiez la tendance nationale dans les statistiques des prix du carburant. Dans une semaine où le gazole peut prendre plusieurs centimes en quelques jours, deux minutes de comparaison valent souvent plus qu'un détour improvisé.