En bref
  • 2,03 €/L : le gazole a franchi la barre des 2 euros mi-mars, du jamais-vu depuis la crise ukrainienne de 2022
  • 280 stations en rupture totale au 27 mars, soit 2,8 % du réseau national
  • 20 % du transit pétrolier mondial bloqué dans le détroit d'Ormuz depuis le 28 février 2026
  • 70 millions d'euros d'aides gouvernementales débloquées en urgence pour avril 2026
  • +5 à 6 c€/L de surcoût structurel lié à la hausse des certificats d'économie d'énergie depuis janvier

Ce qui se passe vraiment à la pompe en ce moment

Le 28 février 2026, l'opération militaire américano-israélienne en Iran a déclenché le blocage du détroit d'Ormuz. Ce passage maritime, par lequel transite environ 20 % de la production mondiale de pétrole, s'est retrouvé coupé du jour au lendemain. Résultat sur les marchés : le baril de Brent a bondi de plus de 13 % en quelques jours, passant de 71 à plus de 80 dollars.

La répercussion à la pompe a été quasi immédiate. Entre le 1er et le 9 mars, le SP95 est passé de 1,77 €/L à 1,87 €/L, tandis que le gazole bondissait de 1,72 €/L à plus de 2 €/L. Sur certaines autoroutes, des affiches à 2,50 €/L ont été signalées. Des hausses qu'on n'avait pas vues depuis la crise ukrainienne de 2022.

À cela s'ajoute une couche fiscale passée inaperçue : depuis le 1er janvier 2026, la contribution aux certificats d'économie d'énergie (CEE) a grimpé de 11 à 16-17 centimes par litre. Soit 5 à 6 centimes supplémentaires par litre payés par chaque automobiliste, avant même la moindre tension géopolitique. Voilà le truc : la flambée actuelle s'est greffée sur un prix déjà alourdi en début d'année.

Pénurie réelle ou psychose collective ?

Soyons honnêtes : la situation n'est pas uniforme. Au 27 mars, 280 stations étaient en rupture totale sur les 9 865 recensées, soit 2,8 % du réseau. Des chiffres qui semblent faibles, mais qui cachent des tensions bien réelles : le SP95 classique manquait dans plus de 6 100 stations, soit plus de 62 % du réseau, la plupart ne proposant tout simplement pas ce carburant, mais d'autres en manquaient effectivement.

Des stations à sec ont été signalées à Toulouse, dans l'Hérault, en Bourgogne. À chaque fois, le même mécanisme : quelques centimes de moins sur les prix attirent des afflux massifs de clients vers des stations qui ne peuvent absorber une telle demande. Francis Pousse, président des distributeurs carburants chez Mobilians, décrit bien le phénomène : dès que les écarts de prix se creusent, certaines stations débordent tandis que d'autres restent vides.

Ce qui aggrave la situation, c'est la psychologie de masse. En première décade de mars, les Français ont massivement fait des pleins de précaution. La consommation de carburant a explosé, bien au-delà des niveaux habituels. Puis, face aux prix, elle s'est effondrée en deuxième décade. Le réseau d'approvisionnement n'est pas conçu pour absorber de tels yoyos de la demande.

La bonne nouvelle : la France dispose de stocks stratégiques importants et s'approvisionne auprès de sources diversifiées. Le gouvernement écarte officiellement tout risque de pénurie nationale à court terme. TotalEnergies confirme des tensions localisées mais assure le réapprovisionnement en continu. Le risque n'est donc pas de trouver toutes les pompes à sec demain matin. Le vrai danger, c'est une montée durable des prix qui s'installe dans le budget des ménages.

Carburant Prix début mars Prix mi-mars Hausse
Gazole (B7) 1,72 €/L 2,03 €/L +18 %
SP95-E10 1,77 €/L 1,87 €/L +5,6 %
SP98 1,82 €/L 1,96 €/L +7,7 %
E85 ~0,78 €/L ~0,81 €/L +3,8 %

Ce que fait (et ne fait pas) le gouvernement

Le 27 mars, l'exécutif a annoncé un plan d'urgence de 70 millions d'euros, limité au mois d'avril. Trois secteurs ciblés : le transport routier, la pêche, et l'agriculture. Les transporteurs routiers TPE/PME bénéficient d'une aide équivalant à 20 centimes par litre. Les pêcheurs touchent un remboursement de 20 c€/L sur présentation de leurs factures. Les agriculteurs obtiennent une exonération totale du droit d'accise sur le GNR (gazole non routier) pour avril.

Pour les particuliers en revanche : rien. Pas de chèque carburant universel, pas de baisse de TVA, pas de blocage des prix. Bercy est explicite : tout plafonnement des prix risquerait de provoquer une vraie pénurie en décourageant les distributeurs d'importer. Le ministre Roland Lescure a préféré miser sur 500 contrôles menés par la DGCCRF pour débusquer les stations qui profitent de la crise pour gonfler leurs marges environ 6 % des stations contrôlées font déjà l'objet de procédures.

Mesure technique mais réelle : le Journal officiel du 26 mars autorise temporairement la vente d'un gazole d'été non conforme aux spécifications hivernales habituelles. Concrètement, ce diesel moins résistant au froid permet aux raffineries de mettre plus de volumes sur le marché. Pas de quoi régler la crise, mais un levier qui assouplit légèrement l'équation de production.

Ce que vous pouvez faire concrètement dès maintenant

Première règle : ne paniquez pas. Faire un plein de précaution "au cas où" est exactement ce qui crée les ruptures locales. Si tout le monde fait ça le même week-end, les stations les moins chères se retrouvent à sec et les prix dans les autres montent.

Ce qui fonctionne vraiment :

  • Comparez les prix avant de partir : les écarts entre stations d'une même ville peuvent atteindre 15 à 20 centimes par litre en ce moment
  • Privilégiez les grandes surfaces : Leclerc, Intermarché et Système U pratiquent des prix structurellement inférieurs aux stations de marque, et certains ont déjà lancé des opérations à prix coûtant
  • Évitez les autoroutes autant que possible : les tarifs y sont jusqu'à 15 % plus élevés qu'en dehors
  • Si votre voiture est compatible E85, c'est le moment d'en tirer profit : à environ 0,80 €/L, le bioéthanol reste relativement épargné par la crise pétrolière, car il ne dépend pas du cours du baril
  • Adoptez l'éco-conduite : anticiper les freinages, réduire la vitesse de 10 km/h sur route, ça représente facilement 10 à 15 % d'économies sur votre consommation

Pour savoir où trouver le carburant le moins cher près de chez vous en temps réel, utilisez notre comparateur. En période de tension, quelques minutes de recherche peuvent vous faire économiser plusieurs euros à chaque plein et vous éviter de tomber sur une station à sec.